2026-09-26
La shortlist se joue chez l'intégrateur
Un éditeur B2B peut avoir le meilleur produit, de bonnes références et une équipe solide, et ne jamais entrer sérieusement dans la shortlist. Entre le besoin et le choix se tient un tiers qui gère son propre risque. Ce que vos deals perdus des douze derniers mois disent de ce tiers.
Le silence après la démonstration
La démonstration s'est bien passée. Le DSI a posé trois questions précises, ce qui est plutôt bon signe. Vos références sectorielles tiennent. Six semaines plus tard, la liste courte comporte trois noms et le vôtre n'y figure pas.
Vous demandez pourquoi. On vous répond que le produit est intéressant, mais que le calendrier impose une solution déjà maîtrisée. Personne n'a menti.
La variante est parfois plus nette : le cahier des charges a été rédigé par un cabinet et décrit une architecture que vous ne savez pas reproduire exactement. Le jeu était fait avant votre arrivée.
Le réflexe du prix et de la notoriété
L'explication qui vient d'abord tient en deux branches. Le prix : trop cher. La notoriété : ils ne nous connaissent pas assez, il faut un salon, du contenu, un analyste.
Les deux sont parfois exactes. Elles ont surtout l'avantage de se traiter vite — une remise se décide en une réunion.
Ce qu'elles expliquent mal : pourquoi les mêmes deals se perdent chez des clients de tailles et de secteurs différents, avec des interlocuteurs qui semblaient acquis. Et pourquoi, sur les rares grands comptes gagnés, quelqu'un d'extérieur au client était présent dès le début.
Celui qui recommande gère son propre risque
Entre le besoin et le choix, il y a souvent un intégrateur, une ESN ou un cabinet. Il ne recommande pas la technologie la mieux classée. Il recommande celle qu'il sait vendre, déployer et défendre quand le projet dérape.
Les éditeurs qui structurent des programmes partenaires l'écrivent sans détour. Microsoft évalue ses partenaires sur la performance, les compétences certifiées et le succès client [3]. AWS demande expertise technique et succès démontrés [4]. SAP parle de qualité reproductible, de réduction des escalades, de dilution de la marge partenaire [5]. La qualité intrinsèque du produit n'apparaît nulle part.
Le reste est arithmétique. Chez Salesforce, 72 % des déploiements passent par un partenaire [1], et l'écosystème vise près de sept dollars de services pour un dollar de licence [2]. Un grand cabinet revendique plus de mille déploiements et deux mille cinq cents certifications sur une seule pile [7], un autre industrialise des accélérateurs préconfigurés [6]. Et SAP a reconnu que les grands déploiements sur mesure pouvaient atteindre cinq fois les licences en conseil.
Hypothèse de travail, à remplacer par vos chiffres : une licence à 300 000 €, des services à trois fois ce montant, soit 900 000 € pour l'intégrateur. Vous proposer lui coûte deux consultants à former, aucun modèle réutilisable, une escalade sans numéro connu. Le concurrent lui apporte le même chiffre d'affaires sans aucun de ces risques. Il ne vous écarte pas : il ne vous voit pas.
Ce que disent vos deals perdus
La vérification ne demande aucun outil. Elle tient dans ce que vous avez déjà : comptes rendus, devis, échanges des douze derniers mois sur les affaires grands comptes.
Ce qu'il s'agit de regarder n'est pas le motif de perte déclaré, toujours poli. C'est la présence d'un tiers : qui l'a amené, à quel moment il apparaît, s'il avait déjà déployé la technologie retenue, et si quelqu'un chez vous connaissait son nom avant le premier rendez-vous.
Relevé sur une dizaine de deals, cela fait apparaître un motif, ou rien du tout. Le relevé ne prouve pas la causalité : le partenaire peut être venu parce que le deal était en bonne voie, et non l'inverse. Mais si les affaires gagnées sont précisément celles où un tiers savait déjà travailler avec vous, cela change ce que vous demandez à vos commerciaux le trimestre prochain.
Et si aucun motif ne ressort, la question du prix redevient la bonne.
Sur nos trois derniers grands comptes perdus, qui a rédigé l'architecture cible — et est-ce que quelqu'un chez nous connaissait cette personne avant l'appel d'offres ?
Ce que je ne sais pas faire : Créer en 3 semaines un « channel » mature. La confiance et le réflexe de prescription ne s’achètent pas. En revanche : identifier les bons partenaires, obtenir les premiers sponsors et utiliser un réseau existant pour accélérer les premières preuves.
Grille · 10 lignes · 6 colonnes · 15 minutes
Liste des 10 plus gros dossiers - avec ou sans prescripteur
Dix lignes sur vos plus gros dossiers en cours, perdus ou gagnés, et une lecture extérieure de ce que ces dix lignes disent — ou ne disent pas ... Faites vous votre propre audit ou sinon appelez moi ;)
Sources
- FY27 Consulting Partner Program — Salesforce, n.d.
72 % des déploiements impliquent un partenaire - Consulting Partner Program — Salesforce, n.d.
6,93 $ de revenu partenaire pour 1 $ Salesforce en 2028 - Solutions Partner FAQ — Microsoft, n.d.
Performance, compétences certifiées et succès client comme critères partenaires - AWS Competency Program — AWS, n.d.
Expertise technique et succès clients démontrés - Service Partner Program — SAP, n.d.
Qualité reproductible, réduction des escalades, dilution de la marge - Salesforce Industry Solutions — Deloitte, n.d.
Solutions et accélérateurs préconfigurés réutilisables - Salesforce Alliance — Accenture, n.d.
Plus de 1 000 déploiements et 2 500 certifications revendiqués
Nous vendons en direct et ça marche. Pourquoi ouvrir ce sujet ?
Tant que vos deals se gagnent sans tiers dans la pièce, la question ne se pose pas. Elle se pose le jour où les montants montent et où un cabinet écrit le cahier des charges avant votre premier rendez-vous.
Combien de temps avant qu'un partenaire nous recommande vraiment ?
Le réflexe de prescription se construit sur des preuves : un déploiement réussi, un modèle réutilisable, une escalade bien traitée. Ce n'est pas un contrat signé un mardi. Le relevé sert justement à savoir si vous en avez déjà un, sans le savoir.
Faut-il un programme partenaire formel pour commencer ?
Pas au début. Un programme sans preuve de déploiement n'attire personne. Les premiers signataires viennent parce qu'un projet leur a rapporté, pas parce qu'un document décrit des niveaux de remise.